Une fête bien arrosée, une copine sexy, et les choses dérapent. Certains se vantent que l’alcool les transforme en Rocco Siffredi, d’autres préfèrent esquiver le sujet. Mais qui sait ce qui se passe vraiment dans votre corps, imbibé comme un baba au rhum ? Analyse en situation. Texte par Jasmine Saunier.

 

1. La préchauffe : on se met en forme

Imaginez une soirée de réveillon, comme cette année. L’open bar est accueillant, vous caressez l’espoir d’une belle fête qui vous laissera KO pour une semaine. Dans quelques minutes, votre meilleur ami doit vous présenter une jolie fille pour parfaire le tableau. Assis dans un coin, vous priez pour que ce ne soit pas Marge Simpson. Et si vous commandiez une vodka-Martini pour vous détendre ?

Tout commence là. Votre organisme, le mien, celui de tout le monde, ne digère pas l’alcool. Le corps est capable d’en métaboliser à peine 20 %. Pour le reste, les molécules d’éthanol se précipitent directement à travers les muqueuses de la bouche, de l’estomac et des intestins vers les organes. En clair : vous venez de payer un verre à votre foie, vos reins, votre coeur, et surtout, votre cerveau.

Contrairement à certaines drogues illicites, dont on taira le nom, l’alcool ne se fixe pas à un endroit précis du système nerveux. « Il agit sur tout le cerveau et déclenche une cascade de réactions, précise le Pr Michel Lejoyeux, psychiatre et addictologue. Il a un effet sédatif, et en même temps il provoque un certain sentiment de puissance et d’euphorie. » C’est le début du feu d’artifice.

Bilan : 1 vodka-Martini

 

2. L’approche : le désir monte

Voici LA fille. Au lieu de la fiancée de Beetlejuice, vous découvrez la soeur de Scarlett Johansson, en mieux. Pendant les présentations, vous remettez ça : champagne !

Plongeons dans votre cerveau. Les molécules d’alcool s’accrochent à différents récepteurs neuronaux et modifient le message des neurotransmetteurs censés se lier précisément à cet endroit. Exemple : l’alcool amplifie l’action du GABA, un neurotransmetteur qui diminue l’anxiété. Il favorise aussi la libération de sérotonine, une molécule notamment euphorisante. Vous vous sentez drôle, irrésistible, et vous venez de remarquer que ses lèvres sont plutôt… et ses seins aussi, d’ailleurs… Normal. Tous ces mécanismes dans votre cerveau vous ont désinhibé, et la machine à fantasmes est lancée.

Le courant passe bien, vous êtes au top, elle rayonne. « Une faible quantité d’alcool agit comme un psychostimulant, confirme le Dr André Corman, médecin et sexologue. Il encourage la production de dopamine dans le cerveau. Cette hormone du plaisir augmente le désir sexuel. » Quand elle vous frôle ou vous sourit, vous ressentez une tension caractéristique, quelque part en dessous de la ceinture. L’alcool facilite votre érection en dilatant les vaisseaux sanguins, améliorant l’afflux vers le sexe. Or certaines études ont montré qu’une bonne partie de ce mécanisme était psychologique. Les mythes liés à l’alcool renforceraient son effet « aphrodisiaque ». Si vous croyiez boire de l’alcool, l’effet positif sur votre érection serait le même que si vous en consommiez réellement. Tout au fond de vous, alcool et virilité sont toujours un peu liés. Question de culture.

Bilan : 1 vodka-Martini + 2 coupes de champagne = 3

Et elle ? Le sosie de Scarlett vit une expérience similaire. L’alcool l’a détendue, elle se sent belle et désirable. Si vous lui plaisez, elle commence à ressentir du désir. Et si elle pense à la même chose que vous, elle bénéficie du même effet vasodilatateur (et psychologique) procuré par l’alcool. Le sang afflue au niveau de ses organes sexuels et favorise la production de lubrifiant.

« L’alcool augmente le désir mais diminue les performances »

 

3. Le diner… et la chute

Fatalement, vous avez commandé une bonne bouteille à table. Le bordeaux est trop heureux de tenir compagnie au champagne et à la vodka-Martini dans votre estomac. Au dessert, vous commencez à flotter, mais c’est plutôt agréable. Sous le charme de la belle, vous comptez lui montrer de quoi vous êtes capable (si elle est d’accord : simple formalité).

De l’extérieur, tout va bien. Mais à l’intérieur, vous avez basculé du côté sombre. En effet, après trois verres, les effets positifs de l’alcool s’inversent. Ce qui vous détendait commence à vous endormir insidieusement. Scarlett se fait langoureuse et vos approches un peu plus poussées. Vous l’emmenez là où la bonne musique la fera tomber dans vos bras. Un ou deux verres les yeux dans les yeux, et c’est gagné. Elle rentre avec vous ce soir, et plus si affinités.

Vu l’état de votre cerveau, vous êtes un peu ambitieux. Vos pauvres cellules nerveuses vous crient d’aller vous coucher, mais vous n’êtes pas une mauviette, vous voulez faire découvrir à Scarlett ce que le mot « performant » veut dire. Vos neurotransmetteurs font n’importe quoi. Nous sommes tous inégaux face à l’alcool, c’est pourquoi il est difficile de prévoir les réactions de chacun. La sérotonine vous cause peut-être déjà de vagues troubles de l’équilibre, nausées et autres conséquences physiques de l’abus d’alcool ? Ce qui est certain, c’est que tout votre être est colonisé par l’éthanol.

Bilan : 1 vodka-Martini + 2 coupes de champagne + 3 verres de vin à table + 2 verres au bar = 8

Et elle ? Pareil, mais en pire. La dégradation est plus rapide car le seuil se situe autour de deux verres pour les femmes. Une des raisons à cela est que les hommes ont une masse musculaire plus importante qui leur permet de mieux éponger l’alcool…

 

4. La conclusion tant attendue

C’est bien vous qui ramenez la fille supersexy dans votre appartement. Mais pas de chance, vous allez sans doute expérimenter la citation de Shakespeare dans Macbeth concernant l’alcool : « Il augmente le désir mais diminue les performances. » Traduction : ce n’est pas parce que vous pensiez avoir l’érection du siècle que vous l’avez encore.

Au moment suprême, vous sauverez peut-être les meubles, mais pas plus. Que se passe-t-il ? « L’alcool anesthésie le système nerveux et tous les réflexes, y compris l’érection, explique le Dr Patrice Cudicio, médecin sexologue. Un verre ou deux auraient pu procurer une légère anesthésie locale, capable de retarder un peu l’éjaculation. Mais à ce stade, l’alcool a fait complètement retomber l’excitation. » Autrement dit : vous êtes plutôt sous anesthésie générale… Qui plus est, la sublime érection que vous ressentiez tout à l’heure était aussi le fruit d’une déferlante de fantasmes. Avec votre cerveau ralenti, vous avez l’équivalent d’un masque de plongée sur la tête (et la tête dans la baignoire).

Bilan : trop !

Et elle ? Après le désir et l’excitation, la relation pourrait bien se terminer en queue de poisson pour elle. Une étude de Meston et Frohlich (2000) a souligné le rôle de l’excès de sérotonine dans les difficultés orgasmiques. De fait : l’alcool peut parfois empêcher de jouir (ce qui pourrait aussi vous arriver) ! « Au-delà d’un certain seuil, l’alcool diminue le plaisir, souligne le Dr Marie Cartier, psychiatre. Les effets positifs sur le désir sont alors rapidement annulés, même si l’impression subjective d’un acte sexuel réussi peut persister. » Rassurez-vous : si ça se trouve, elle en gardera un très bon souvenir demain matin, ce qui vous donnera l’occasion de vous rattraper…